Electric Hour privilégie la beauté à la brutalité : les sonorités sont douces et les harmonies luxuriantes. (…)
Chaque membre se partage la guitare, la basse et le chant. La voix de González est ténue et touchante ; le ténor blessé de Zuko possède un charme désarmant ; le murmure rauque d’Arnold ajoute une touche de mélodrame.
PITCHFORCK
Le désenchantement des Smashing Pumpkins, le son typique des nineties, un shoegaze joué au frein à main… Tout ici ramène les oreilles en arrière sans que l’alarme « nostalgie » ne s’allume une seule fois. Drôle de sensation. Passé la surprise, ne reste plus qu’à se laisser porter. Par Halogen et sa pop malade, par le refrain dissonant de Disconnection, par la froideur d’Under the Scar qui fait chaud au cœur, par le tubesque Sugarcane. Par un disque faussement daté qui pourrait faire date.
LA VOIX DU NORD
Enregistré dans une maison délabrée d’Atlanta — sous-sol inondable, air moisi et menaces d’expulsion pour avoir servi de « local de répétition pour un groupe de rock électronique » — Electric Hour est l’album le plus ambitieux, accessible et électrisant jamais réalisé par Sword II. Conçu dans des conditions précaires, le disque est né d’un travail collectif intense : chaque morceau a été coécrit, autoproduit et arrangé à plusieurs, les voix principales étant elles aussi partagées. Au fil des sessions quotidiennes, le groupe a transformé l’enregistrement en rituel, allant jusqu’à porter des tenues de camouflage pour affronter ensemble fatigue, doute et tensions créatives.
Tout au long de Electric Hour, Sword II trouve un équilibre rare entre urgence brute et théâtralité, sans posture ni distance. Le groupe vit au cœur même des systèmes qu’il interroge : procédures judiciaires, pressions immobilières, précarité persistante. Mais à la peur et au désespoir répondent aussi la joie, la sensualité et la puissance collective de la création. Pilier de la scène DIY d’Atlanta, Sword II dépasse ici le cadre local pour viser quelque chose de plus ample et de plus transcendant, se définissant comme « des survivants, des guerriers psychiques, des amants ».
Le titre de l’album condense cette tension. Selon le groupe, « nous vivons à l’ère des technologies de surveillance », mais l’« heure électrique » est aussi pensée comme « un moment propice à la créativité, à la puissance et à la révolution ». Une heure, comme celle d’un concert, pour faire passer un message, donner un sens à la situation du monde et faire résonner une musique destinée à celles et ceux qui font face à la répression, à l’aliénation et à la violence. « En gros, une seule chance de faire la révolution » — une urgence vertigineuse, où les limites deviennent précisément ce qui révèle l’essentiel.
Recorded in a dilapidated, damp house in Atlanta — a basement that flooded when it rained, air thick with mold, and a landlord who once tried to evict them for using the space as a “rehearsal space for an electronic rock band” — Electric Hour is the most ambitious, accessible, and electrifying record Sword II have ever made. Born out of precarious conditions, the album emerged from an intense collective process: every track was co-written, self-produced, self-recorded, and collaboratively arranged, with lead vocals shared among the members. Over months of near-daily sessions, the band turned recording into a ritual, donning full camouflage outfits as a way to confront fatigue, doubt, and creative tension together.
Throughout Electric Hour, Sword II strike a rare balance between raw urgency and theatricality, without ever posturing. The band lives and works within the very systems it critiques: friends facing lawsuits, ongoing housing pressure, persistent precarity. Alongside fear and despair, the album also channels joy, sensuality, and the collective power of making music together. Long a cornerstone of Atlanta’s DIY scene, Sword II push beyond their local roots here, reaching toward something larger and more transcendent, describing themselves as “survivors, psychic warriors, lovers.”
The album’s title encapsulates this tension. As the band puts it, “we live in an age of surveillance technologies,” yet the “electric hour” is also imagined as “a powerful moment — a time for creativity, power, and revolution.” One hour, like a live set, to communicate a message, make sense of the world’s condition, and let music resonate with those facing repression, growing alienation, and violence. “Basically, one chance to make the revolution” — a vertiginous sense of urgency, where limits themselves reveal what truly matters.
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